
La Bibliomule de Cordoue
- Cité Internationale de la Langue Française - Château de Villers-Cotterêts, Villers-Cotterêts
18 avr. - 30 août 2026
À partir de9,00 €

En tant que commissaire d’exposition, je considère l’installation de l’œuvre monumentale de Marie Khouri, J'aime : par Marie Khouri, au sein de la cour de la Cité internationale de la langue française, comme un geste poétique profond. Située dans l'historique Château de Villers-Cotterêts, lieu inextricablement lié à la naissance officielle de la langue française, cette exposition explore les frontières mouvantes entre sculpture et expression linguistique. Khouri, artiste franco-canadienne dont la vie a été façonnée par les courants croisés de l'Égypte, du Liban et de la France, présente cinq formes curvilignes massives, sculptées à la main, qui traduisent le mot arabe pour l'amour (Baheb) en une expérience tactile et tridimensionnelle. Ce dialogue entre le script calligraphique arabe et le bastion de la langue française souligne un thème d'harmonie interculturelle et le pouvoir universel de la communication.
Le langage sculptural employé dans J'aime : par Marie Khouri révèle la formation classique de l'artiste à l’École du Louvre, ainsi que sa profonde révérence pour le modernisme organique de Henry Moore et la fluidité architecturale de Zaha Hadid. Chaque élément est issu d'un processus manuel rigoureux, commençant par des modèles en argile qui sont ensuite transposés en structures colossales grâce à la sculpture méticuleuse de polystyrène expansé. Ces formes arabesques ne sont pas de simples monuments statiques, elles sont conçues comme du mobilier sculptural fonctionnel, invitant le public à s'asseoir, à s'allonger et à interagir avec l'art par le corps. En brouillant la ligne entre l'art noble et le design fonctionnel, Khouri évoque l'esprit de l'école du Bauhaus, créant un espace où la grâce esthétique rencontre l'utilité communautaire.
L'importance historique de cette exposition est soulignée par le remarquable voyage transnational de l'œuvre, étant passée de la Vancouver Art Gallery aux grandes pyramides de Gizeh pour Art d’Égypte, puis à l'Institut du Monde Arabe à Paris. La pratique de Khouri est profondément enracinée dans son histoire personnelle de déplacement (ayant fui la guerre civile libanaise enfant) et sa recherche subséquente d'un sentiment d'appartenance. Dans le contexte de la Cité internationale, l'œuvre agit comme un pont entre son héritage moyen-oriental et son identité mondiale. Exposer J'aime : par Marie Khouri dans le château royal où le roi François Ier a signé l'ordonnance de 1539 transforme l'installation en un symbole vivant de diversité et de transmission, célébrant la langue française comme une hôte inclusive pour les récits mondiaux.
Enfin, la résonance émotionnelle de l'exposition réside dans sa capacité à favoriser la joie collective et le lien social. Dans une époque souvent définie par la fragmentation, le travail de Khouri offre une étreinte physique, un « berceau » pour la forme humaine qui encourage les liens intergénérationnels. À mesure que les visiteurs occupent les espaces entre les lettres, ils participent à un rituel chorégraphié de repos et de conversation, se reposant littéralement au creux des courbes de l'amour. Cette installation rappelle avec force que l'art est une composante essentielle du développement humain, offrant un sanctuaire de réflexion et un dialogue profond entre le corps individuel et le territoire qu'il habite.
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